top of page

Stoïque

Photo du rédacteur: Thierry RaffinThierry Raffin

Suis-je stoïque  ? ou stoïcien ? Est-ce la même chose ? Où se tient ma sensibilité ? Faut-il être stoïque, stoïcien ? Comment puis-je à la fois m'accorder avec les maximes de Marc Aurèle - empereur « stoïcien » du 2e siècle après Jésus-Christ et en même temps avec les considérations de Fabrice Midal, un philosophe du 20e siècle maître de méditation, si critique du stoïcisme, au nom d'une hypersensibilité assumée, valorisée, revendiquée? Quelle cohérence, s'il y en a une, s'il en faut une, dans cette double affiliation ? Ai-je tort ou raison, ou en quoi et pourquoi me semble-t-il que Fabrice Midal se trompe en faisant ce qui m'apparaît comme une fixation injustifiée à l'encontre des stoïciens ? Voilà les questions que je voudrais aborder comme une forme de prolongement à "la Voie du coeur"  et "Je - Ego sum ? l'Etre soi" explorés dans les articles précédents.



Définition ordinaire de « stoïque » dans le Larousse : Se dit d'un comportement qui dénote une fermeté inébranlable, une grande impassibilité devant la douleur, le malheur, etc. : Une acceptation stoïque de la maladie. 

Définition de hypersensible : Qui réagit avec une extrême sensibilité.


Voilà deux définitions que l'on peut avoir du mal à accorder. La morale stoïque, en tant qu'elle est une valorisation d'une sorte d'attitude virile, dure face au mal, à la douleur est ancienne. Elle n'est au cœur de la vertu telle que la concevaient les Romains. La valorisation de l'hypersensibilité, l'effort pour la sortir d'une certaine approche critique qui en ferait une sensiblerie maladive qui serait plutôt une disposition féminine, sont des attitudes bien plus récentes, doublement liées à l'essor d'un positivisme du développement personnel et à sa remise en perspective psycho-spirituelle par Fabrice Midal en particulier. Dans « Suis-je hypersensible ? » , qui se présente comme une enquête anthropologique, philosophique, neuroscientifique, psychologique sur l'hypersensibilité, Fabrice Midal raconte comment il a souffert depuis sa tendre enfance de cette instabilité émotionnelle qui le rendait « si réactif, hyper réactif, l'entraînant sans cesse dans des soubresauts d'exaltation et de désespoir intense».  Il raconte comment il a découvert tardivement qu'il était en fait hypersensible -  à l'occasion d'une discussion tard dans la nuit avec un jeune doctorant en neurosciences lors d’un séminaire consacré à la méditation. Il dit qu'il est alors comme « tombé des nues », niant dans un premier temps le diagnostic , « trop dérangé d'être ainsi mis dans une case ».  Puis il s'est laissé convaincre, jusqu'à revendiquer cette hypersensibilité comme un don, comme un cadeau, car lui permettant de toucher « le bonheur d'être vivant ». Du coup, cette hypersensibilité qu'il voulait ignorer parce que les effets lui semblaient toujours « trop » ; et qu'il cherchait – (quasi) vainement -  à contrôler, devenait à ses yeux, la bénédiction des « hyper sensibles » :

«  leur intelligence est singulière, plus intuitive : ils « captent »  une situation, une solution, sans toujours savoir comment ils l'ont perçu et comprise et sans jamais passer par les chemins de la logique conventionnelle ».

Cette découverte bienheureuse, lui a redonné confiance en lui, et il cherche aujourd'hui à la partager, afin que ceux qui en souffrent (à tord à ses yeux dessillés )  puissent également sortir de la culpabilité -  reconnaissant toutefois que c'est un véritable travail de conversion demandant «  une certaine discipline ». Là est peut-être ce pont que je cherche pour ma part aussi à établir, entre une tendance (refoulée ?) à l'hypersensibilité (je me reconnais dans l'un de ses exemples qu'il donne des signes de l'hypersensibilité à se mettre en retrait des autres, des situations « festives » afin de filtrer les émotions déstabilisantes ) et cette recherche de sérénité que j'ai tardivement découverte chez les stoïciens. En examinant les 5 questions pour se reconnaître (ou non) hypersensible, que Fabrice Midal propose , la pente de mes réponses est claire... Je serai hypersensible. Mais comment l’ai-je corrigé ? A quel moment de ma vie ? Le fallait-il ? L’ai-je vraiment corrigé ? Et alors à quel prix...? Le « renoncement » à être « vrai »   ? Par un contrôle de moi-même qui serait en fait selon Fabrice Midal une sorte de castration de mon être ? Non plus ! Bien sûr, je résiste au chaud, au froid, à la douleur, à la colère … Tant au niveau de mon corps et de mon esprit je parviens à me couper, à me préserver de l'atteinte trop forte des sensations, des émotions. Longtemps, j'ai pu aussi le vivre comme une amputation, comme une insuffisance ;  mais à bien y réfléchir c'est aussi une préservation, une protection et je connais aussi le chemin tortueux des sensations et des émotions ; et j'ai appris à le parcourir sans trop souffrir. C'est dans cette voie stoïque, que je me suis alors reconnu, en l’appréciant non comme une école de l'indifférence et de l’insensibilité, mais comme une discipline d'ouverture plus que de fermeture par la reconnaissance et l'acceptation de ce qui est. Là, est aussi pour moi, le cœur même de la méditation, ce lieu, cette voie de sérénité et d’équanimité que je partage aussi avec Fabrice Midal, en l’articulant étroitement avec la philosophie. Là est mon accord et  là est mon désaccord avec Fabrice Midal, à remonter le fil de ses raisons pour en trouver l'origine. Ce que je m'emploie à expliciter là. S'agit-il chacun de notre côté, d’un  « raisonnement », dans quelle limite ? Ou bien plutôt encore une fois d'une réaction ? D’un raccourci qui peut être erroné ? Suis-je vraiment (intégralement) stoïcien, et Fabrice Midal est-il véritablement anti-stoïcien ? Je comprends sa ligne de « raisonnement » consistant à critiquer les injonctions modernes du développement personne à « se maîtriser », « se contrôler » dans une intention de plus grande efficacité, posture  si prisée dans un monde  cultivant la performance. J'y souscrit fondamentalement je crois. Le stoïcisme n'est-il pas cette école justement du contrôle de soi, préconisé par les coachs en tous genres ? Fabrice Midal vante les mérites de Lucky Luke, ce cowboy un « faux dur » en vérité, doué d'une hypersensibilité assumée ;  et la question que je me pose alors est de savoir si Marc Aurèle était ou non aussi « a poor lonesone cowboy »? Là est notre désaccord. Pour Fabrice Midal la figure de Marc Aurèle est galvaudée, lui apparait quasiment comme une falsification historique. Ainsi utilise-t-il, lors d'un entretien avec Pierre Vesperini, les analyses que ce dernier développe dans son livre récent «Droiture et mélancolie » (https://www.philomag.com/livres/droiture-et-melancolie-sur-les-ecrits-de-marc-aurele ), pour éjecter de son trône stoïcien l'empereur Marc Aurèle, et au détour, jetant pour ains dire le bébé et l’eau du bain, toute la doctrine  stoïcienne. Il est vrai que le livre de Vesperini interroge la nature (l'orthodoxie) du stoïcisme de Marc Aurèle. Pour Pierre Vesperini, Marc Aurèle n'est pas tant un philosophe à proprement parler, un théoricien mais un lecteur de philosophes, faisant certes usage de la doctrine stoïcienne, mais aussi si besoin des autres doctrines « concurrentes » (le scepticisme, l'épicurisme). Vespérini défend ainsi plutôt l'idée d'une « orthopraxie » de Marc Aurèle, c'est-à-dire une recherche de la « droiture » (apprendre à vivre droit, à remplir son rôle social)  qui apparaît comme la morale dominante des aristocrates romains de son époque. Il faudrait sans doute moduler l'approche de Vesperini qui vient contredire l'analyse du philosophe spécialiste de l’antiquité Pierre Hadot qui rappelait que dans l'Antiquité, philosopher ce n'était pas tant ou pas simplement développer des doctrines ou des discours sur la vie et le monde, mais vivre selon certains principes véhiculés par les écoles philosophiques. Être étudiant d'une philosophie, et s’y conformer ou chercher à s'y conformer dans sa vie, voici ce qu'était être philosophe, philosopher. Vesperini conteste également la notion d’  « exercices spirituels »  utilisée  par Pierre Hadot à propos de la manière d'écrire-penser pour soi-même, en répétant les principes stoïciens -et que pratique Marc aurèle- en affirmant qu'il s'agit là de l'usage anachronique d'une notion développée par la religion chrétienne bien plus tardivement. Tous ces développements apportent de l'eau au moulin de Fabrice Midal qui l'interroge alors sur les raisons de cette falsification moderne de la figure de Marc Aurèle devenu un succès de librairie. Il me semble que Pierre Vesperini glisse sur cette planche (un peu savonneuse) en notant l'usage qui est fait de la morale stoïcienne impériale par les chantres du développement personnel, et du management des entreprises, pour proposer à peu de frais des recettes pour « aller bien » à des gens qui, de plus en plus nombreux, vont de plus en plus mal dans notre monde contemporain, mais aussi pour mieux performer via des recettes de coach dans le cadre du développement managérial . N'est-ce pas un peu court et simpliste du coup comme explication ? Oui sans doute le développement personnel s’est emparé du stoïcisme comme d'un modèle de comportement, comme le montre bien le livre plus ancien de Gilles Prodhomme (« La voie des stoiciens. S’exercer au bonheur - https://www.babelio.com/livres/Prodhomme-Sexercer-au-bonheur--La-voie-des-stoiciens/546354 ), mais aussi sert de ligne de conduite dans les manuels de recettes d'efficacité professionnelle (voir "Comment le stoïcisme est devenu une inépuisable mode, pour le meilleur et pour le pire"  ). Mais est-ce là  tout le stoïcisme, même réduit à sa partie éthique et pratique ? Est-ce là l'usage qu'en ferait Marc Aurèle pour lui-même comme s'il n'avait aucune véritable aucune foi véritable dans ses principes, et n’en était pas véritablement imprégné en conscience,  et ne les utilisait que comme des recettes pratiques de manière pragmatique ? Comme le montre lui-même pierre Vesperini, ce à quoi s'entraîne Marc Aurèle, ce n'est pas à « être soi-même » ; l'affirmation de la subjectivité, le travail de ce que nous appelons aujourd'hui l'intériorité, ne font pas partie du mode d'Etre antique, et Romain en particulier. Il s'agit pour Marc Aurèle d’être ce qui est appelé à être, ce qu'il doit être, homme parmi les hommes et Empereur de Rome. Ce que  Fabrice Midal réduit sous une forme de critique à une attitude qui consiste « à entrer dans le conformisme social » ; là où il aspire pour son compte et développe dans son enseignement l'importance au contraire l'importance d' «  être soi-même ». Mais nous retombons là dans cette question difficile, lancinante, source d'illusions et de désillusions du « qui suis-je ? » examinée précédemment dans l'article « je – Ego sum ? L’Etre soi » https://enviedebienetre.wixsite.com/enviedebienetre/post/je-ego-sum-l-etre-soi . Qui était, pouvait être Marc Aurèle  ? Question d'autant plus difficile encore que l'épaisseur du temps, les différentes approches du personnage et de son époque, les usages que l'on cherche à faire de lui et de son stoïcisme impérial, nous rendent obscure sa vie tendue entre son rôle et ce qu'il pouvait penser, vouloir -pouvoir faire et ne pas faire. C'est encore une fois toute la question de l'authenticité, à laquelle chacun pense être confronté ; de cette cohérence entre ce que l'on fait, ce que l'on doit faire, ce que l'on aimerait faire, ce que nous pensons devoir être fait, en accord ou en désaccord avec ce que l'on attend de nous. N'est-ce pas à cette question qu’est confronté aussi Fabrice Midal, comme chacun de nous, dans ce qu'il peut et doit faire de son hypersensibilité ? La laisser oeuvrer en toute liberté avec ce qu'elle peut apporter d'exaltation et de déconvenue, ou bien lui trouver un mode d'expression qui en atténue les effets les plus dévastateurs ? N'est-ce pas là une forme d'apprivoisement ( du renard en soi),  de domestication de soi-même (s’il l’on ne veut pas utiliser le vocabulaire « tabou » de contrôle et de la maîtrise de soi ? Suffit-il de se reconnaître, d'apprendre à se reconnaître hypersensible comme y  invite Fabrice Midal pour le vivre bien ? Ce qui représente déjà un « vrai travail »  selon lui pour transformer ce qui peut apparaître au départ, être vécu comme une malédiction, en  « un pouvoir méconnu » ? Ne faut-il pas du même coup et par là même transformer la manière d'être hypersensible ? Peut-on simplement en guise d'exercice de « reconnaissance » parcourir sa vie en toute objectivité avec le prisme de l'hypersensibilité pour connaître un effet « libérateur », comprendre d'un seul coup « qui l’on est » ? Se retrouver serein et fort comme Lucky Luke ? Tout le chapitre 5 sur l'acceptation de son livre « Suis-je hypersensible ? » dit bien qu'au-delà de la simple reconnaissance, dire «  oui » à son hypersensibilité est « le chemin de toute une vie », pour « vivre en harmonie avec elle ». Y a-t-il un seul chemin ? quelle est la topographie de ce chemin ? Comment est-il balisé ? Les préceptes des stoïciens ne peuvent-ils pas faire partie du chemin ? Lorsque Fabrice Midal raconte comment il a pu passer d'une attitude spontanée de fuite ou de retrait face aux situations mondaines (comme une soirée ou un cocktail),  à une attitude plus «  sociale », en s'y préparant, comment ne pas penser au manuel d’Epictète qui répète à l’envie cette maxime :

« quand tu te prépares à faire quoi que ce soit représente-toi bien de quoi il s'agit. Si tu sors pour te baigner rappelle-toi ce qui se passe aux bains publics :  on vous éclabousse, on vous bousculer, on vous injurit, on vous vole. C'est plus sûrement que tu feras ce que tu as à faire, si tu t'es dit «  je veux aller aux bains et exercer ma liberté de choisir en accord avec la nature » »

Il s'agit bien là comme le reconnaît lui-même Fabrice Midal d'un « travail intérieur  d'acceptation qui peut effrayer dans son exigence de mise à nu ». Epictète s'est il de la sorte « coupé de ses émotions », durci par peur de se dévoiler ; ce qui est le grand travers, le grand tort, risque fatal  dénoncé par Fabrice Midal ; ou n'a-t-il fait que de les prendre en compte pour «  jouer avec » , accepter ses craintes et les risques de la situation appréhendée en conscience, avec lucidité ? Pourquoi alors fustiger la préparation, l'acceptation stoïcienne sous prétexte qu'elle serait « une décision intellectuelle »  et non « sensible » ?  N'est-elle pas comme y  invite Midal «  un accueil profond et exigeant ». C'est là la « compréhension stoïcienne » : Être stoïque au fond de l'âme non pas pour se couper de soi-même, mais être soi-même pleinement incarné, c'est-à-dire vivant en société, en tenant compte de ses ressentis et en s’accommandant ainsi au jeu social non pas simplement pour se conformer, mais pour y vivre en tenant à distance supportable la souffrance inhérente. Où est le « vrai soi » et où est le « faux soi »  ? Où passe la frontière ? Comme le reconnaît lui-même Fabrice Midal « nous portons tous un faux self : la vie sociale l'exige » , et lui même reconnait s’y conformer. La question est de ne pas en rester prisonnier, toujours prisonnier de sorte qu'il prenne toute notre vie, notre vitalité. Que fait donc Marc Aurèle lorsqu'il nous livre ses pensées, se les  livrant d'abord à lui-même ? Ne puise-t-il  pas sa force d'être celui qu’il doit être dans la conscience même de ses états d'âme ? Pour utiliser le vocabulaire de Pierre Vesperini, la droiture puisse dans la mélancolie. Mais à bien écouter la résonance foncièrement critique de l'interview de Pierre Vesperini par Fabrice Midal, on ressent bien que la connivence idéologique qu'ils entretiennent quant à cette idée que Marc Aurèle, son temps et son discours stoïcien convenu plus que convaincu, sont une négation de notre modernité et de la sacralisation du projet individualiste « d'être soi » qui permet à Fabrice Midal de forcer les propos de bien Vesperini qui aurait tendance, quant à lui à se montrer plus compréhensif, indulgent quant à la morale rigoriste de Marc Aurèle qui ne fait qu' exercer son rôle d'empereur. Il est intéressant alors de noter que Fabrice Midal ne retrouve un peu de sympathie pour Marc Aurèle lorsque Pierre Vesperini en décrit le caractère « mélancolique » -terme un peu moins utilisé aujourd'hui où l'on parle plus volontiers de troubles anxieux, cyclothymiques, voire de bipolarité et que  Fabrice Midal décrit aussi, en reprenant ses  propres mots comme une « hypersensibilité » qui, dans le cas de Marc Aurèle serait alors « pathologique » car reniée, déniée, par la production d’une carapace d'insensibilité mortifère, stoïcienne...Dans «  Suis-je  hypersensible ? » , Fabrice Midal rappelle que «  jusqu'au 19e siècle les hypersensibles furent nommés mélancoliques » , ajoutant « qu’eux seuls possèdent une puissance qui les travaille, qui les grandit, les inspire les pousse à aller à l'aventure » en prolongeant le diagnostic d'Aristote qui écrivait que « les mélancoliques se sont illustrés dans la philosophie, la politique, les arts ». Mais s'agissant de Marc Aurèle , il se sent obligé de lui trouver un caractère « pathologique ». Fabrice Midal dit alors être passé d'un état d'énervement à la lecture des « Pensées » de Marc Aurèle, en cela qu'elles lui paraissent aux antipodes même de ce que nous appelons aujourd'hui la philosophie, comme discipline d'exercices de la pensée critique ; à une forme de compassion pour cet empereur « un vrai hypersensible » contrarié par sa destinée à se perdre lui-même et en souffrir de la sorte, enfermé dans un dogmatisme stoïcien qui ne pouvait que le contrarier dans sa nature profonde. Ce qui est le plus étonnant, c'est que Fabrice Midal ne paraît pas tenir compte de la sensibilité propre de Marc Aurèle adolescent, amoureux de littérature comme l’atteste sa correspondance redécouverte avec son maître de rhétorique (Fronton)  et découvrant avec fascination le stoïcisme au delà de la rhétorique, et prenant manifestement la décision éclairée d'en adopter les principes pour régir sa vie. S'agit-il d'un choix erroné ? Qui peut le dire pour lui et au nom de quoi ? Peut-on invalider ainsi de manière un peu caricaturale comme le fait Fabrice Midal en reprenant les propos de Vesperini, les analyses élaborées de Michel Foucault et de Pierr Hadot sur le stoïcisme, en réduisant les « Pensées » de Marc Aurèle à une forme dévoyée de la sagesse, et une à une philosophie pratique fallacieuse réduite à n’être qu’un «  conformisme social » ? Plus justes sont peut-être les formulations de Pierre Vesperini revenant au contexte des textes et des lectures qu’on pu être faites de Marc Aurèle dans l'histoire , à ces  variations historiques de nos sensibilités, de nos conceptions du rapport des individus aux sociétés de leur temps qui sont autant de manières de penser et l'individu, et l'individu et l'ordre social.

Ainsi, devons-nous faire face à notre destin, dans cette tension entre notre raison et notre sensibilité, qui semble bien constituer le fond de la conscience humaine, notre spécificité humaine ; dans ce travail de nous-mêmes pour cheminer comme à l'aveugle dans l'ensemble de ces choses qui peuvent nous déterminer et dont nous sommes le plus souvent dans l'ignorance , comme l'a noté Spinoza : que ce soit nos gènes, la symbiose avec tous ces micro-organismes qui nous habitent dans un mutualisme mystérieux et semblent influer notre personnalité, les influences éducatives de nos milieux sociaux, le flux "hasardeux" de nos expériences, les pensées qui à peine exprimées s'enfouissent dans le tréfond de notre conscience et n'en continuent pas moins de nous tarauder, la marche aussi peut-être des astres dans le cosmos infini, nos rêves et nos cauchemars, au détour des mots et des sorts qui égrenent, scandent nos interactions quotidiennes, et toutes autres choses insoupçonnées. Comment penchons-nous alternativement d'un côté ou de l'autre, de notre sensibilité et de notre raison si étrangement entremêlées, que selon les circonstances et les moments où nous tendons à la fois vainement et souverainement à nous confier à l'une et à l'autre, dans un acte de soumission ou de résistance, toujours douloureux, incertain, laborieux. Comment trouver de la stabilité, de la sérénité dans cette agitation de l'âme confrontée à sa double nature raisonnable et sensible ? N'était-ce pas là le destin de Marc Aurèle et de tant d'autres, le nôtre aussi, d'être ainsi ballotté entre ce que l'on aimerait (ou croit désirer) et ce que l'on doit (ou croit devoir) faire ou être, dans le souci, l’inquiétude d'être soi-même et l'incertitude de pouvoir le devenir ? Être stoïcien, c'est comme le rappelle aussi Frédéric Lenoir dans son dernier livre «  Le rêve de Marc Aurèle »  (https://www.fredericlenoir.com/essais/le-reve-de-marc-aurele/  et ttps://www.youtube.com/watch?v=gOT0bnNNNwg  ), aimer son destin, et citant Marc Aurèle :

« N’aimer uniquement ce qui t’ arrive et ce qui constitue la trame de ta vie. Est-il rien en effet, qui te convienne mieux ? (Pensées Livre VII 57)

Pour cela il faut bien, quand bien même fut-on empereur, et par cela même d'autant plus difficile, développer l'humilité, comme il s'y exerce tout au long de ses pensées qui sont autant d'exhortations à soi-même à être droit ;  et commencer  ses « Pensées » par cette longue litanie de ce qu'il doit dans sa formation à être « lui-même » aux autres, à ses parents, à ses maître, à ses amis et aussi aux dieux ; et à commencer par « avoir compris la nécessité de réformer mon caractère »  ( Livre I 7).


Toute cette méditation en quelque sorte sur la tension entre stoïcisme et hypersensibilité, éveille en moi des questions de fond  qui me taraudent depuis longtemps : la sagesse incline t elle à un conformisme? Quelle sagesse,  pour quel ordre social  ? À quoi faut-il se conformer ? Que cela a-t-il à voir avec l'acceptation ?...

Comentarios


Inscrivez-vous à notre liste de diffusion

Ne manquez aucune actualité

Nous suivre

  • Facebook - White Circle
  • Instagram - White Circle
  • Twitter - White Circle

​© 2018 adapté par Thierry Raffin. Créé avec Wix.com

bottom of page